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La ferme aux 1000 terroirs

Olivier Nouaillas, 2017, éditions du Chêne, 192 p

Olivier Nouaillas dresse un état des lieux économique, environnemental et social de l’agriculture française. Il y voit un dérèglement, une vision désormais erronée de ce que l’on appelle «agriculture» et qui se compare davantage à une destruction lente et organisée de notre patrimoine alimentaire et environnemental. Au travers de nombreux témoignages extraits du monde agricole et de la société civile, il prône la généralisation d’une agriculture plus vertueuse. L’agro-écologie, les circuits courts, le développement des signes officiels de la qualité et de l’origine (bio, AOC) en seraient les principaux contributeurs. Cet ouvrage est un manifeste en faveur d’une agriculture plus durable et plus fédératrice. Le retour à une agriculture à la fois ancrée et de proximité garantira le respect de soi et de son environnement. Une manière de redécouvrir les vertus du terroir, fragile réservoir de notre alimentation !


L’effondrement des revenus agricoles. Aujourd’hui, un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois. Les trois grandes productions concernées sont le lait, la viande bovine et le porc. Les raisons sont multiples : l'effondrement des prix dû à la surproduction, la concurrence européenne et mondiale, la pression de la grande distribution, la diminution de la consommation de viande en général, l’embargo russe sur le porc et la fin des quotas laitiers (depuis le 1er avril 2015). (17-18)


Les productions standardisées menacent les terroirs. Le président de la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (FNSAFER), Emmanuel Hyest, évoque les risques de financiarisation des terres par notamment un phénomène d’agrandissement et de concentration des terres. Les sociétés d’exploitation et de portage «ont capté en 2015 10% des transactions, représentant 14% des surfaces pour 27% de la valeur totale de ces transactions» et de souligner le risque de passer d’un modèle familial à un modèle intégré où l’agriculteur devient salarié «avec des productions standardisées à la place des terroirs». (23-24)


L'agriculture biologique en plein essor. D’après l’Agence Bio, le nombre d’agriculteurs en bio a augmenté de 12% en 2015. Une progression jamais observée. Il se crée en moyenne 21 nouvelles fermes bio tous les jours. L’agriculture biologique compte aujourd’hui 32 264 producteurs. Ce qui représente en terme de surface agricole utile plus d’un million et demi hectares soit un accroissement de 17% des surfaces soit 5,7 % de la SAU totale en France. Ce qui en Europe place la France en troisième place derrière l’Italie et l’Espagne (37).

Pour créer de la valeur ajoutée pour les exploitations agricoles, misons sur les labels de qualité et sur les services environnementaux rendus par cette agriculture. Le paiement par la collectivité des services environnementaux (entretien des haies, séquestration du carbone, labélisation AB, ...), ajoutée aux différents labels reconnus (AOC, AOP, AB, ...), pourrait apporter de véritables revenus substantiels aux agriculteurs (44).


Les trois labels préférés des Français : Label rouge, AB et AOC. Selon un sondage d’Harris Interactive publié début 2017 sur «les critères de choix des Français en matière d’alimentation», les trois labels préférés des Français seraient, dans l’ordre : Label rouge (43%), AB (42%) et AOC (27%) (48).

Scénario pour nourrir 100 % de la population française en légumes bio et locaux. Hélène Le Teno, consultante spécialisée dans l’étude de la transition écologique a réalisé, dans le cadre de son Plaidoyer pour les fermes d’avenir, deux scénarios, l’un idéal, l’autre réaliste. «Dans le premier, pour nourrir 100% de la population française en légumes bio et locaux, il faudrait créer 100 000 micro-fermes qui génèreraient 400 000 emplois agricoles. Dans le second, fait pour nourrir 33% de la population française en légumes bio (contre 5% actuellement), il faudrait créer 25 000 micro-fermes et 100 000 emplois" (59-60).


Les bénéfices environnementaux et sanitaires de l’agriculture biologique. Une étude de l’Institut technique de l’agriculture biologique publiée en 2016 précisaient que le cahier des charges du label AB permettait des effets bénéfiques globaux bien supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. D’abord, le non-emploi de produits chimiques de synthèse réduit le risque de toxification et de dégradation biologique des sols.  La technique de couverture du sol a deux effets bénéfiques environnementaux : «la régulation du cycle de l’eau» et «la séquestration du carbone dans le sol». Concernant l’eau, au regard des dépenses consacrées à l’assainissement de l’eau par la collectivité, une économie de 20 à 46 euros par hectare et par an est réalisée en bio par rapport à l’agriculture conventionnelle (89).

Promesse d’Emmanuel Macron : d’ici à 2022, l’ensemble de la restauration collective devra servir au moins 50% d’aliments affichant un label écologique ou produit localement. (101)


Il y a bio et bio. «Entre les tomates bio produites trois mois de l’année par un authentique paysan local correctement rémunéré et celles importées d’Espagne produites, elles, par des grosses firmes qui les cultivent hors-sol, certes sans pesticides mais douze mois sur douze dans des serres surchauffées (bonjour le bilan carbone !), puis ramassées par des immigrés marocains sous-payés (bonjour l’éthique !), il y a plus qu’une différence de pays d’origine. Oui, c’est l’Europe, mais davantage celle du profit que du développement durable...» (106)

Santé-Goût-Terroir