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La châtaigne renaît dans les Monts du Lyonnais

Mis à jour : févr. 18

La Ferme des Marninches, famille Volay, Saint-Genis-l’Argentière (69) C’est dans une chataigneraie multi-centenaire de Saint-Genis-l’Argentière, commune située à l’est des Monts du Lyonnais, que nous avons retrouvé Christine et Joseph Volay pour la dernière récolte de l’année. «Les Marninches», petite exploitation de 4.5 ha, produit aujourd’hui 300 kg de farine de châtaigne par an. L’exploit réside dans la manière qu’ont eu nos castanéiculteurs de reconquérir des chataigneraies vieilles de plusieurs siècles. Une manière de re-développer localement une arboriculture ancestrale et de préserver l’environnement ainsi que des paysages pittoresques. Christine Volay devient ainsi la pionnière du renouveau de la châtaigne des Monts du Lyonnais. «Nous ramenions de la farine de châtaignes de Corse, alors que nous avions plein de châtaigniers. Nous trouvions cela idiot. Alors, pour produire et transformer la châtaigne, nous avons été chercher les techniques de fabrication auprès des Corses.»

Jusqu’à la fin du 19e siècle, la culture de la châtaigne était très répandue dans l’ouest lyonnais. Ressource miraculeuse par excellence, on en exploitait les fruits pour la farine, l’écorce pour les toitures et les branches pour les cannes ou les tuteurs. Sans oublier le bois pour teindre la soie en noir et le miel bien-entendu. Lorsque la récolte de céréales ou de pommes de terre devenait incertaine, celle de la châtaigne venait compenser ce manque en apportant un complément alimentaire indispensable à la lutte contre les disettes.

La châtaigneraie des Monts du Lyonnais, qui, jusqu’au milieu du 19e siècle, s’étendait entre Riverie, Yzeron, Lentilly et aVise, est aujourd’hui abandonnée presqu’en totalité. Après avoir failli disparaître au tout début des années 2000, de petites initiatives ont permis la reconquête de ces espaces. C’est d’abord l’association l’Araire, qui par ses animations et ses publications, a permis de faire connaître l’histoire, l’archéologie et le patrimoine de la châtaigne dans le Pays lyonnais. C’est ensuite l’installation de Christine Volay comme exploitante agricole au lieu-dit Les Marninches à Saint-Genis-l’Argentière qui a véritablement ouvert la voie du renouveau de cette châtaigne. Néanmoins, comme l’observe Christian Fougerousse, auteur du livre «Les châtaigniers du lyonnais. Le terroir d’Yzeron» (1555-2015), «le morcellement foncier, les conflits d'usage et le manque d'audace en matière de développement touristique, hypothèquent encore gravement l'avenir de cette châtaigneraie.»

L’âge d’or remonte au Moyen-Age. Le fameux marron de Lyon, transformé et conditionné à Chaussan, était si réputé qu’il était servi sur les meilleures tables du Royaume de France. C’est au milieu du 19e siècle que cette châtaigne, si prisée, disparaît progressivement au profit de celle d’Ardèche qui reprend frauduleusement l’appellation «marron de Lyon». Face au développement démographique de Lyon et l’augmentation du pouvoir d’achat de ses habitants, la production de châtaignes des Monts du Lyonnais, très qualitative, ne l’est plus suffisamment en quantité. C’est pourquoi l’importation de marrons provenant d’Ardèche mais aussi d’autres pays vient très vite supplanter la production locale. Précisons également que l’Ardèche subit au milieu du 19e siècle un très fort exode rural. Les Ardéchois devenus Lyonnais se consacrent dès lors à des métiers très souvent liés à l’alimentation. Ils font travailler prioritairement les productions familiales ardéchoises et notamment les producteurs de châtaignes.

150 ans plus tard, aux Marninches, Christine et Joseph Volay récoltent tous les ans 1,5 tonnes de châtaignes. Entre paysages forestiers souvent escarpés au substrat granitique et prairies cultivées, une trentaine d’arbres sont aujourd’hui exploités sans aucun intrant chimique ni tassement de sol par des engins mécaniques. Chaque arbre produit 50 kg de fruits. Avec un rendement de 25 à 30 %, 300 kg de farines peuvent être produits chaque année. Le ramassage se fait au filet entre début octobre et mi- novembre. Cette technique moderne facilite la récolte, évite de souiller les châtaignes et limite les contaminations par les parasites de la châtaigne, cachés dans le sol . Une fois éboguées à la machine, les châtaignes sont séchées pendant 3 à 4 jours à l’aide d’une machine à air pulsé. Elles termineront leur séchage au grenier, favorisé par le climat sec des Monts du Lyonnais. Les châtaignes seront ensuite décortiquées ou «pisées» en Ardèche. Cette opération permet de séparer le fruit du péricarpe (grosse peau) et du tan (petite peau brune). Aux Marninches, au regard de l’investissement que représente l’achat d’une décortiqueuse par rapport à la quantité de châtaignes récoltées, l’heure d’investir n’est pas encore de mise.

Après décorticage, les châtaignes sont triées méticuleusement afin de séparer les blanches des tachées. Cette opération est déterminante pour garantir la qualité et donc la pureté de la farine. Les châtaignes passent ensuite dans un moulin à meule de pierre. Une heure est nécessaire pour moudre 30 kg de châtaignes. Afin de séparer la farine en fonction de sa finesse et d’éliminer les déchets, la farine est blutée, c'est-à-dire tamisée. Elle sera ensuite conditionnée en sac sous vide afin de préserver toutes ses qualités organoleptiques et nutritionnelles. A ce propos, la châtaigne, précieuse sur le plan santé, est non seulement énergétique mais aussi pourvue d’une forte proportion d’acide gamma-aminobutyrique, qui participe à la régulation de l'activité cérébrale. Elle est également un aliment riche en fibres, vitamines du groupe B, cuivre et manganèse. Sans gluten, la châtaigne convient aussi parfaitement aux personnes allergiques ou intolérantes à cette substance.

Parmi les produits fabriqués aux Marninches, on retrouve bien-entendu la farine de châtaignes mais aussi un certain nombre de préparations rapides et délicieuses pour gâteaux, crêpes, curables, flans, pain d’épices et... moelleux au chocolat. Tous à base de farine de châtaignes. On retrouve ces produits à la ferme sur rendez-vous, par mail via contact sur le site : http://chataignedesmarninches.fr mais aussi aux magasins de producteurs Cœur de Ferme à Lucenay (69), Coin de Ferme à Tarare (69), épicerie El Locaux à Les Halles (69), Aux produits d’Antan à St Laurent de Chamousset (69), Mon Panier local à Pomeys (69), l’épicerie ViVal à St Martin en Haut (69).



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