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Elevage à l'herbe au service du territoire

Elevage de vaches Limousine et transformation sur place à Fleurieux-sur-l'Arbresle (69)


Jérôme Crozier est éleveur de vaches Limousine. Il travaille en société avec son épouse Sylvie qui s’occupe de la transformation et de la commercialisation de la viande. 130 vaches (laitières, génisses et veaux) sont nourries à l’herbe et au fourrage de la ferme. Transformée dans un nouveau laboratoire spacieux et performant, la quasi totalité de la viande est vendue à la ferme. Jérôme s’est lancé dans l’élevage par envie. Il voulait vivre ici et les terres se prêtaient parfaitement à ce type d’activité. Ses parents produisaient du lait. Lui a préféré faire de la viande en vente directe. L’élevage pour lui est avant tout un métier et un mode de vie au service du territoire.


En agriculture biologique depuis 2013, la transition n’a pas été de tout repos. Cette orientation a pas été prise non par choix économique mais pour des raisons éthiques. "Je n'étais plus très fier de mettre de l’engrais chimique et du désherbant sous le nez des voisins qui ensuite venaient m'acheter ma viande !" Il ne voulait pas non plus rester sous l’emprise financière de la PAC (Politique agricole commune) et des grandes coopératives. Mais pour être à l’aise en bio... il faut être auto-suffisant sur l’alimentation des bêtes. Il les fait donc pâturer et produit lui-même ses céréales. Les bouchons de luzerne déshydratés sont les seuls aliments qu'il achète. Les sécheresses chroniques depuis trois ans ne sont hélas pas à l'avantage de ce genre de production, en particulier en 2018. Il manquera cette année 25 tonnes de fourrage au troupeau. A 200 euros la tonne (au lieu de 120 en 2016), la note risque d'être salée !

Nourries à l’herbe, au foin et à l’enrubannage (foin humide), les bêtes suivent un régime à engraissement lent. Elles sont abattues entre 3 et 8 ans (2,5 ans généralement). Il faut compter pour les veaux 6 à 7 mois d’engraissement (3 mois habituellement). La qualité s’en ressent : la viande garde son volume à la cuisson, elle est plus tendre, plus persillée et plus goûteuse.


"Il y a un intérêt pour le territoire d’avoir des animaux, sinon à quoi ressemblerait la campagne autour de Lyon ?" Il y a complémentarité entre territoire et élevage, car ce sont bien les animaux qui entretiennent une grande partie des paysages et qui rendent nos campagnes vivantes aujourd’hui. On n’est malheureusement jamais à l’abri d’un grand projet comme ce fut le cas de l'aménagement de l’autoroute A89. Sur les 90 ha qu’il exploitait, 23 ha de terres agricoles ont disparu. L’autoroute aura consommé 162 ha de terres à Fleurieux soit une moyenne de 16 ha par agriculteur vivant sur la commune. Obligé désormais de faire pâturer ses bêtes ailleurs, il les emmène chaque année en estive dans le département de l'Ain. Autant dire que le passage au bio l’année du passage de l’autoroute a été un choix délicat. Pour être à l’aise et optimiser son élevage au regard des capacités de l’étable, il lui faudrait plus de 130 ha. La pression foncière ne lui facilite pas la tâche et les terres sont de plus en plus difficiles à trouver.. 


Jérôme et Sylvie vendent leur viande dans leur boutique tous les jeudis après-midi ainsi qu'au «Marché à la ferme» à Fleurieux. Au regard de la qualité, certains clients leur conseillent de vendre leur viande plus cher. Ils pourraient, concèdent-ils, mais estiment qu’ils ne peuvent pas augmenter leurs prix auprès de clients qu’ils connaissent bien et qui, pour la plupart, habitent le même territoire qu'eux.  

Jérôme ne cherche pas à développer pour le moment d'autres activités. Il a trouvé son rythme et son équilibre, même s’il estime encore trop travailler. Inquiet des évolutions climatiques, professionnelles et de la disponibilité à venir des terres agricoles,  il ne tient pas particulièrement à ce que ses enfants prennent la suite. Cela n'exclut évidemment pas d'autres repreneurs.

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