Manger plus pour se nourrir moins

25/05/2018

L'appauvrissement de la biodiversité agricole et ses conséquences sur notre alimentation

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 75% de la diversité des cultures de légumes, de fruits et de céréales a été perdue dans le monde entre 1900 et 2000. En France, alors qu’on cultivait plus de 50 000 variétés dans les années 1960, le Catalogue officiel des espèces cultivables n'en recense plus que 6500...

 

Le Catalogue officiel français des espèces et des variétés potagères garantit que les végétaux concernés sont commercialisables, résistants, stables, productifs et calibrés. Les critères de sélection des espèces portent sur le rendement, l’adaptation aux conditions de milieux et aux itinéraires techniques limitant les intrants, la résistance aux bio-agresseurs et aux stress abiotiques, l’aptitude à la transformation alimentaire et industrielle des produits issus de la récolte (GEVES, 2017). Autant dire que les variétés rustiques et anciennes ont été progressivement écartées, entrainant de surcroît une perte importante de la diversité variétale. De leur côté,  les grandes surfaces commerciales et les centrales d’achat ont voulu des produits cultivés et transportés en grosse quantité mais aussi stockés suffisamment longtemps entre la période de récolte et l'acte d'achat du produit. En incitant les agriculteurs à produire des variétés de céréales, de fruits et de légumes, recensées au catalogue officiel, la grande distribution a crée créé un "effet d’aspiration" et provoqué ainsi l'appauvrissement de la biodiversité domestique.

Quelle conséquence ? La biodiversité domestique en pâtit.  L'appauvrissement de la variété agricole et la généralisation d’espèces à haut rendement réduit ainsi la possibilité de manger varié et de donner la priorité à la culture de variétés céréalières, fruitières et légumières riches sur le plan nutritif. Ceci ouvre aussi la voie aux contaminations de masse ; les cultures mono-variétales étant bien plus vulnérables aux maladies que les cultures diversifiées qui font l’effet d’un tampon contre les maladies de grande ampleur.

Si la menace persiste, tout n'est cependant pas perdu pour le producteur et le consommateur. Il est aujourd'hui possible d’échanger entre particuliers des semences non inscrites au fameux catalogue officiel français des espèces et des variétés potagères. En 1997, a été créé, en annexe de ce document, un registre des variétés anciennes pour jardiniers amateurs sur lequel peuvent être inscrites les variétés anciennes notoirement connues destinées exclusivement à la vente en France et aux jardiniers amateurs, qui ne cultivent que pour leur propre consommation. En 2009, en créant la liste des variétés « sans valeur intrinsèque » destinées à des conditions de cultures particulières, ce registre de variétés potagères a été redéfini au niveau européen par la directive 2009/145 CE . Ces variétés, destinées à l’autoconsommation, sont maintenues par sélection conservatrice. Elles sont commercialisées sous forme de semences standard et vendues en petits conditionnements. Le bémol, c'est que le coût de l’inscription (plusieurs milliers d'euros) reste encore dissuasif pour bon nombre de petits producteurs et jardiniers de bonne volonté.

Santé-Goût-Terroir

Références :

Cité des sciences et de l’industrie, 2017, «Oui à la diversité des graines et des semences», consulté le 10 mars 2017, http://www.cite-sciences.fr/fr/ressources/juniors/lactu-des-juniors/oui-a-la-diversite-des-graines-et-des-semences/

FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), 2015, Etat des ressources en sol dans le monde, Résumé technique, FAO, 92 p

GEVES (Groupe d’études et de contrôle des variétés et des semences), 2017, «Inscription au catalogue officiel»

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